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Devine qui vient filmer?

 

Guess Who is Coming to Dinner (Devine qui vient dîner ?) 1967 ©

Guess Who is Coming to Dinner (Devine qui vient dîner ?) 1967 ©

Avouons le d’emblée : contrairement à l’unanimité de la critique internationale, I am not your negro (2017) de Raoul Peck, sanctifié par l’obtention du magique Oscar du meilleur documentaire, n’est pas un très bon film. Une position difficilement acceptable dans le cadre de la bienséance politique et cinématographique actuelle.

Porté uniquement par l’immense texte de l’écrivain James Baldwin, inspirateur assumé d’une autre figure majeure de la littérature américaine, Toni Morrison, et la voix suave et parfaitement placée de Samuel.L.Jackson, la réalisation du film alterne entre effets lassants (zooms photographiques incessants), proposition de réalisations insipides (les bons vieux travellings sur les arbres) et un montage lénifiant, toujours dans la même grammaire. La succession de portraits serrés à la fin du film qui évoquent au mieux l’esprit saveurs-du-monde de Yann Arthus-Bertrand, les archives de qualité plus que douteuses et le design sonore relativement faible ne rendent ainsi pas grâce à la présence irradiante du génial auteur de No Name in the street (1972).

De fait, comparé à d’autres réalisations magistrales d’imagination qui ont traité récemment de sujets d’une ampleur similaire à la ségrégation raciale telles que l’Image manquante (2014) de Rithy Pan (le génocide khmer) ou encore Into Eternity (2011) du finlandais Michael Madsen (l’apocalypse nucléaire), I am not your negro apparaît en réalité dans l’histoire du cinéma comme un film relativement inconséquent ; probablement plus porté par la nostalgie déjà infalsifiable des années Obama que celle de la cinéphilie.

Sans proposition de réalisation (y compris classiques) pouvant porter l’image, le propos tenu par le re-montage du texte de Baldwin paraît lui aussi quelque peu abscons, voire tirant les grosses ficelles de l’histoire. Le parallèle subliminal avec les émeutes de Ferguson de 2016 (qui témoignent elles bien évidemment de la persistance de la ségrégation raciale aux États-Unis) développé seulement par un montage ultra clipé de quelques photos et d’archives laissent donc suggérer, sans autres formes de réflexions, que la question noire aux États-Unis n’aurait pas évoluée d’un mouvement depuis le texte de Baldwin sur lequel s’appuie entièrement le film ; un manuscrit de trente pages inachevé écrit en 1979.

Un raccourci dont est friand la presse culturelle mais qui relève, à l’heure où Barack Obama reste le président le plus populaire de l’histoire des États-Unis, a minima comme une paresse historique, au pire comme une escroquerie sociologique. Et ce surtout à l’heure où est sorti, avec un succès inattendu, l’étonnant Get Out.

Dialogues ciselés, montage varié, bande sonore travaillée, jeux d’acteur remarquables (au premier rôle duquel Daniel Kaluuya déjà très juste dans la série d’anticipation Black Mirror), Get Out, premier film de Jordan Peele, apparaît lui au contraire comme un objet cinématographique parfaitement maitrisé et sans aucun doute original. En parvenant à réunir deux genres bien distincts (le film de blaxploitation et le film d’horreur), Peele dérange et surprend un spectateur usé aux codes des deux genres. A mi-chemin entre Do the right thing (1989) de Spike Lee et Rosemary Baby (1968) de Roman Polanski, le réalisateur joue sur toutes les paranoïas actuelles de la question raciale, sans artifices ni raccourcis moraux ; paranoïa du noir contre le blanc, du blanc contre le noir, du noir contre le noir, le tout au milieu de séances d’hypnoses tabagiques et de sanglantes courses-poursuites à coup de têtes de cerfs.

Car en réalité, Get Out est le remake bienvenu et cinéphile du célèbre Guess Who is Coming to dinner ? (1967) du réalisateur Stanley Kramer dans lequel l’acteur Sydney Poitier, noir, est invité par sa fiancée, blanche, pour un dîner de présentation à sa belle famille, blanche. Présentations qui finiront après de longues arguties dans de mielleux sermons antiracistes ; mais à la condition toujours explicite que le noir reste bon mari et socialement productif.

Alors, sans le clamer ou en faire un argument commercial, encore moins un objet moralement lénifiant, Peele va ici finement retravailler ce mythe cinématographique pour amener, cinquante ans plus tard, le spectateur à partager cette fois sans hésitation et sans fausse pudeur la jouissance révolutionnaire de voir le noir vouloir (parvenir ? là est tout l’enjeu narratif) à trucider cette belle famille insupportablement blanche mais surtout profondément tarée de sa volonté de toute puissance. Enfin. Un film d’horreur politique en quelque sorte. Et à l’inverse du travail honnête de Raoul Peck, un film qui lui mérite ses  dithyrambes.

 

N.A

1 comment

  1. JimmiNi - octobre 2017 4 h 32 min

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